escapades en Ardèche : aperçu géologique du bas-vivarais

Par Alfonso LOPEZ – Lycée A. CAMUS – NÎMESImage(1)

 

 Le département de l’Ardèche est limitrophe du Gard et pourtant il est souvent peu connu des habitants de notre région. C’est fort dommage car il présente une grande diversité géologique couvrant une bonne partie de l’histoire de la France métropolitaine. C’est pourquoi le bureau de notre régionale a décidé de vos faire découvrir une petite partie de son patrimoine au cours d’un mini-stage du 25 au 27 août.

 

Le Bas-Vivarais correspond à la partie sud-est du département : il est essentiellement constitué de terrains secondaires (carte de P. Barth, ci-contre).

 

 

 

 

Quinze membres de notre association se sont retrouvés à Balazuc, petit village du XII° siècle où nous logions et où s’est ouvert un musée paléontologique au printemps dernier. Balazuc Musée de l'Ardèche (6)

Notre première activité fut la visite de ce musée : le Muséum de l’Ardèche en compagnie de son directeur, monsieur B.Riou. Près de 900 fossiles originaux dont certaines pièces exceptionnelles, sont exposées au Muséum et racontent l’histoire de la vie en Ardèche depuis 300 millions d’années.

Les premiers fossiles concernent le Carbonifère et le Permo-Trias mais les pièces les plus belles occupent les deux-tiers du musée et concernent deux lagerstätte ardéchois. Ces gisements sont des dépôts connus pour l’excellente préservation des organismes fossiles qu’ils contiennent, les parties molles étant conservées sous forme d’empreintes. Il s’agit d’abord du gisement de La Voulte-sur-Rhône et formé de marnes marines du Callovien inférieur déposées sur un fond anoxique ce qui a permis une fossilisation exceptionnelle de divers Chondrichtyens, Crustacés, Echinodermes ou Céphalopodes. Le second gisement est celui de la montagne d’Andance, il correspond à des diatomites lacustres du Miocène supérieur qui ont permis la préservation de nombreux êtres vivants du lac et de ses berges.Barbeau et Silure _ Qui étrangle qui

Notre cornac et l'éléphant

L’après-midi après un arrêt à Chassagnes pour observer un affleurement du Trias et sa sédimentation détritique, nous avons emprunté le sentier de la Vierge dans le bois de Païolive. Situé en zone périphérique de Parc national des Cévennes, c’est un espace naturel sensible classé Natura 2000. C’est un plateau formé par des calcaires du Kimméridgien, connu pour son relief ruiniforme à l’ambiance ésotérique pour certains. Du point de vue scientifique, il permet d’observer l’action des éléments à différents niveaux sur une masse calcaire compacte mais fracturée : lapiaz actuel, ancien karst sous couverture et ancien endokarst. Occupé en partie par l’Homme au cours du Néolithique et entre 1750 et 1900, il constitue une zone refuge pour de nombreuses espèces animales et végétales ce qui explique sa riche biodiversité d’autant plus qu’il se situe au carrefour du climat méditerranéen et atlantique à tendance montagnarde. Cette zone est remarquable moins par ses endémismes (très minoritaires) que par un ensemble d’espèces rarement réunies au même endroit. On peut donc le considérer comme un point chaud dans un point chaud (la zone méditerranéenne) de biodiversité notamment en ce qui concerne les mousses (plus de 300 espèces sur 1200 en France) ou les chauves-souris (24 espèces sur 32). Son espèce emblématique est la cétoine bleue, insecte très sensible à la qualité et aux paramètres écologiques de son milieu de vie.

La matinée du 26 fut consacrée à la visite de l’aven d’Orgnac et de la Cité de la Préhistoire qui constituent un des « grands sites de France ». C’est Philippe Barth, géologue et chargé du service pédagogique de ce musée qui nous a accompagné au cours de notre visite.

 

Découverte en 1935, la partie de cette cavité qui se visite est formée de trois grandes salles différentes par leur architecture : la première permet de voir l’accès à l’aven et de nombreuses concrétions de formes variées, la seconde montre une voûte écroulée portant des concrétions récentes et la troisième correspond à une galerie creusée par une rivière souterraine qui s’y écoulait il y a environ 6 millions d’années. Une partie du réseau souterrain (environ cinq kilomètres au total) est visitable sous forme d’initiation à la spéléologie mais la partie la plus profonde du réseau est une zone en protection intégrale.

La Cité de la Préhistoire propose de partager le quotidien de nos ancêtres depuis le Paléolithique moyen jusqu’au premier âge du Fer. C’est une excursion de 350 000 ans à la découverte des Prénéandertaliens, de l’Homme de Néandertal et de l’Homme moderne, au travers des modes de vie de chasseurs-cueilleurs, des éleveurs-cultivateurs jusqu’au développement de la métallurgie. Elle met en valeur le patrimoine préhistorique de l’Ardèche et du nord du Gard en présentant les découvertes issues de fouilles archéologiques, ces collections étant d’intérêt national.

 

Après le repas pris au pied du Pont d’Arc, nous avons effectué un arrêt au belvédère du Serre de Tourre qui nous a permis de faire une lecture de paysage des gorges de l’Ardèche. L’observation d’un affleurement de calcaire barrémien dans le faciès urgonien nous a permis de reconstituer le grand récif ardéchois du Crétacé inférieur et d’évoquer la crise Messinienne, responsable du creusement de ces gorges très touristiques.

Galerie de l'AurignacienEnsuite nous avons rejoint la Caverne du Pont d’Arc où se trouve la reconstitution de la grotte Chauvet. Découverte en 1994, entièrement préservée, l’UNESCO a reconnu sa dimension unique et universelle en l’inscrivant au Patrimoine mondial de l’Humanité en juin 2014,. Ce joyau présente en effet 3 caractéristiques très rarement réunies : l’ancienneté, la qualité de la conservation et, la richesse et l’abondance des représentations artistiques : 1000 dessins dont 425 figures animales. Le bestiaire de la grotte avec 14 espèces différentes représentées, dont une majorité d’animaux dangereux (ours des cavernes, rhinocéros laineux, mammouths, félins…) est inédit avec certaines représentations uniques dans l’art pariétal paléolithique (panthère, hibou, partie inférieure du corps féminin). Une galerie de l’Aurignacien permet de reconstituer la vie de nos ancêtres il ya 36 000 ans.

 

Circuit de NavesLa dernière demi-journée fut consacrée à la découverte du cirque de Naves, près des Vans. Une boucle autour du village nous a permis d’observer dans un premier temps, une coupe quasi complète du Callovien au Kimméridgien qui met en évidence un cycle sédimentaire complet et une régression postérieure puis une vue sur la vallée du Chassezac et sur la Cévenne ardéchoise. Sur le chemin, l’apparition de châtaigniers permet d’imaginer la traversée d’une faille non visible sur le terrain : les calcaires cèdent la place aux terrains siliceux du socle cévennol (micaschistes et gneiss) ce qui est confirmé par l’architectute traditionnelle du hameau des Alauzas qui mèle calcaires gris du Jurassique supérieur, gneiss, lauzes, tuiles canal et encadrements en grès provenant de Gravières. Cette faille d’importance régionale est le prolongement de la faille d’Orcières, bien connue en Lozère. Le retour se fait par les mêmes terrains que nous avons pu observer dans la montée et la traversée de Naves nous permet d’aborder le problème des aléas géologiques car une partie du village a disparu à la suite de glissements de terrains dus au comportement des marnes calloviennes.

 

Le beau temps et la bonne ambiance ont fait que le séjour a été fort apprécié par tous les participants ce qui permet au bureau d’envisager éventuellement d’autres découvertes géologiques ardéchoises…

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